Le burnout des psys : sortir du tabou
Ce que mesurent les études sur l'épuisement des professionnels de la santé mentale, ce que dit la classification de l'OMS, et les recours existants en France.

La méta-analyse de référence sur l'épuisement des professionnels de la santé mentale, publiée par O'Connor, Muller Neff et Pitman dans European Psychiatry en 2018 à partir de 33 études et 9 409 professionnels, estime la prévalence de l'épuisement émotionnel à 40 %, celle de la dépersonnalisation à 22 % et celle du faible accomplissement personnel à 19 %. Les déterminants retrouvés portent sur le travail, et quatre éléments apparaissent protecteurs.
En bref
- •Épuisement émotionnel estimé à 40 %, dépersonnalisation à 22 %, faible accomplissement personnel à 19 % chez les professionnels de la santé mentale (O'Connor et al., 2018).
- •L'Organisation mondiale de la santé classe le burn-out dans la CIM-11 comme un phénomène lié au travail, et non comme une maladie.
- •Les déterminants identifiés sont la charge de travail et les relations au travail ; les facteurs protecteurs sont la clarté du rôle, l'autonomie professionnelle, le sentiment d'équité et la supervision clinique régulière.
- •La HAS publie une recommandation de repérage et de prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel, actualisée en 2025.
- •Deux numéros nationaux existent en France : le 0 805 23 23 36 de l'association SPS, anonyme et gratuit, et le 3114, numéro national de prévention du suicide.
Avertissement. Cet article est informatif. Je ne suis ni psychologue ni médecin, je ne donne aucun conseil thérapeutique et ce texte ne remplace ni un avis médical, ni une prise en charge, ni une supervision. Si vous êtes en détresse immédiate, le 3114 est joignable gratuitement à toute heure, et le 15 en cas d'urgence vitale. Aucun témoignage de praticien ne figure ici : je n'en ai pas recueilli, et je n'en invente pas.
L'épuisement émotionnel concerne environ 40 % des professionnels de la santé mentale
C'est la donnée la plus solide disponible sur le sujet, et elle mérite d'être citée avec ses bornes.
O'Connor, Muller Neff et Pitman ont recensé les publications parues entre 1997 et 2017 dans cinq bases bibliographiques. Soixante-deux études répondaient aux critères de la revue systématique, et les données de 33 d'entre elles, portant sur 9 409 professionnels, ont été agrégées. Les prévalences estimées sont de 40 % pour l'épuisement émotionnel (intervalle de confiance de 31 % à 48 %), 22 % pour la dépersonnalisation (15 % à 29 %) et 19 % pour le faible sentiment d'accomplissement personnel (13 % à 25 %).
Ce que ce chiffre ne dit pas. Les intervalles de confiance sont larges, ce qui traduit une forte hétérogénéité entre les études incluses. Les populations étudiées sont majoritairement institutionnelles, et rien n'autorise à transposer ces prévalences telles quelles à l'exercice libéral français. Enfin, je n'ai identifié aucune enquête publique française récente publiant une prévalence de l'épuisement chez les psychologues ou les psychiatres selon une méthode comparable. Les pourcentages qui circulent sur ce point dans la presse professionnelle proviennent de sondages dont la méthode n'est pas toujours accessible : je ne les reprends pas.
Version texte de l'infographie ci-dessus.
| Dimension mesurée | Prévalence estimée | Intervalle de confiance à 95 % |
|---|---|---|
| Épuisement émotionnel | 40 % | 31 % à 48 % |
| Dépersonnalisation | 22 % | 15 % à 29 % |
| Faible accomplissement personnel | 19 % | 13 % à 25 % |
Source : O'Connor K., Muller Neff D., Pitman S., Burnout in mental health professionals, European Psychiatry, 2018. Méta-analyse de 33 études, 9 409 professionnels, publications de 1997 à 2017.
La classification internationale ne range pas le burn-out parmi les maladies
Le point est souvent mal compris, et il a des conséquences pratiques.
Dans la onzième révision de la Classification internationale des maladies, adoptée par l'Assemblée mondiale de la santé en mai 2019 et entrée en vigueur en janvier 2022, le burn-out figure comme un phénomène lié au travail et non comme une affection médicale. L'OMS le définit comme un syndrome résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été géré avec succès, caractérisé par trois dimensions : un sentiment d'épuisement ou de manque d'énergie, une distance mentale accrue vis-à-vis du travail ou des sentiments de négativisme et de cynisme à son égard, et une efficacité professionnelle réduite. L'OMS précise que le terme désigne des phénomènes relevant du contexte professionnel et ne doit pas servir à décrire d'autres domaines de la vie.
Conséquence pratique. Un score élevé à une échelle d'épuisement n'est pas un diagnostic, et le burn-out ne s'auto-diagnostique pas plus qu'il ne s'auto-traite. En France, la Haute Autorité de santé publie une recommandation consacrée au repérage et à la prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel, dont le volet accompagnement du retour au travail a été actualisé en 2025. Elle s'adresse en particulier aux médecins généralistes et aux médecins du travail, qui restent les interlocuteurs du repérage.
Les déterminants retrouvés ne sont pas des traits de personnalité, ce sont des caractéristiques du travail
C'est le résultat le plus actionnable de la méta-analyse, et il déplace la question.
Les auteurs identifient comme déterminants principaux des facteurs liés au travail : la charge de travail et les relations au travail. Ils identifient également quatre éléments qui apparaissent protecteurs : la clarté du rôle, le sentiment d'autonomie professionnelle, le sentiment d'être traité équitablement, et l'accès à une supervision clinique régulière.
Ces quatre facteurs ont un point commun : aucun ne se règle par un effort individuel de résistance. Trois relèvent de l'organisation du travail, le quatrième d'un dispositif à mettre en place et à financer. En exercice libéral, où il n'existe ni service ni encadrement pour les fournir, ils deviennent des décisions d'installation : c'est l'une des raisons pour lesquelles nous plaçons la supervision et le réseau de pairs parmi les décisions structurantes de la première année, au même rang que le statut ou le tarif.
Reste la part administrative. La charge documentaire est une composante de la charge de travail, elle n'en est pas l'ensemble, et je me garde d'écrire qu'elle serait la cause principale de l'épuisement des cliniciens : la méta-analyse ne l'établit pas. Ce qu'on peut dire est plus modeste. La charge de travail est un déterminant retrouvé, la charge documentaire en fait partie, et c'est la partie sur laquelle un outil peut agir. Nous en avons fait l'inventaire dans notre article sur la charge administrative du psychologue libéral, et le guide pour gagner du temps sur les notes cliniques en tire des leviers concrets.
Les signaux se repèrent mieux chez les autres que chez soi
Le piège, pour un clinicien, est de savoir nommer parfaitement ces signes chez ses patients et de les écarter chez lui.
Les trois dimensions décrites par l'OMS donnent la grille : l'épuisement, la distance mentale vis-à-vis du travail, et le sentiment d'une efficacité professionnelle réduite. Traduites en quotidien de cabinet, elles prennent des formes reconnaissables : une fatigue qui ne cède plus au repos, une distance nouvelle avec des patients qu'on accueillait autrement, des écrits repoussés qui s'accumulent, des soirées et des week-ends grignotés sans que ce soit jamais une décision.
Aucun de ces éléments pris isolément ne signe quoi que ce soit, et ce paragraphe n'est pas un test. Leur accumulation justifie d'en parler à un professionnel qui n'est pas soi-même, ce qui est précisément l'objet de la section suivante.
Trois recours existent en France sans dossier ni orientation préalable
Ils sont peu connus des praticiens libéraux, alors qu'ils leur sont ouverts.
Le 0 805 23 23 36, plateforme de l'association SPS. L'association Soins aux professionnels en santé opère une plateforme nationale d'écoute joignable gratuitement, de façon anonyme, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, tenue par des psychologues cliniciens, des médecins et des psychiatres. L'appel ne suppose ni rendez-vous ni justificatif.
Le 3114, numéro national de prévention du suicide. Géré par le ministère chargé de la santé, il est gratuit, confidentiel et accessible à toute heure, par téléphone ou par messagerie instantanée. Il s'adresse aux personnes en détresse, à leur entourage et aux professionnels. Les appels sont pris par des infirmiers et des psychologues formés à l'intervention de crise suicidaire, sous supervision médicale.
Le médecin traitant et le médecin du travail. Ce sont les interlocuteurs que la recommandation de la HAS désigne pour le repérage et la prise en charge. Un praticien libéral a un médecin traitant comme tout le monde, et cette évidence est la première chose qui se perd quand on soigne à plein temps.
À ces trois recours s'ajoute la supervision clinique, qui n'est pas un dispositif d'aide mais un facteur protecteur identifié par la littérature, et qui se met en place avant d'en avoir besoin.
Ce que je peux dire depuis ma place, et ce que je ne peux pas
J'édite un outil de documentation clinique. Sur ce sujet précis, ma position est inconfortable, parce que la tentation commerciale est évidente : faire du burn-out des soignants l'argument d'un logiciel. Je m'y refuse, pour trois raisons que je préfère écrire.
Je n'ai aucune donnée propre. Nous ne mesurons pas la fatigue de nos utilisateurs, nous ne publierons pas de chiffre sur ce sujet, et aucune statistique de cet article ne vient de Pllume.
La charge administrative n'est qu'un déterminant parmi d'autres. Prétendre qu'un outil de documentation prévient l'épuisement professionnel serait une promesse invérifiable, et une promesse invérifiable sur un sujet de santé est une faute.
Un outil ne traite pas un burn-out installé. Il agit, au mieux, sur une part de la charge de travail. Quand l'épuisement est là, ce qui compte est ce qui figure dans la section précédente, pas ce que je vends.
Ce que j'ai vu, en revanche, et c'est la seule chose de première main que j'apporte : la note du soir est un révélateur. Quand elle se met à s'accumuler, ce n'est pas le signe qu'il faut écrire plus vite. C'est souvent le premier signal que quelque chose déborde en amont, et il mérite d'être lu comme tel plutôt que comme un défaut d'organisation.
Questions fréquentes
Le burn-out est-il reconnu comme une maladie ?
Non. Dans la CIM-11, l'Organisation mondiale de la santé classe le burn-out comme un phénomène lié au travail, pas comme une affection médicale. Il est défini comme un syndrome résultant d'un stress chronique au travail non géré avec succès, caractérisé par trois dimensions : épuisement, distance mentale vis-à-vis du travail, efficacité professionnelle réduite.
Combien de psychologues sont en burn-out ?
Aucune enquête publique française récente ne publie de prévalence selon une méthode accessible. La méta-analyse de référence internationale (O'Connor et al., 2018, 33 études, 9 409 professionnels de la santé mentale) estime l'épuisement émotionnel à 40 %, avec un intervalle de confiance de 31 % à 48 %.
Quels sont les facteurs qui protègent de l'épuisement professionnel ?
La méta-analyse de O'Connor et coauteurs identifie quatre éléments protecteurs : la clarté du rôle, le sentiment d'autonomie professionnelle, le sentiment d'être traité équitablement, et l'accès à une supervision clinique régulière. Les déterminants du burn-out, eux, sont la charge de travail et les relations au travail.
À qui parler quand on est soignant en souffrance ?
Trois recours existent sans dossier ni orientation : la plateforme de l'association SPS au 0 805 23 23 36, anonyme et gratuite à toute heure ; le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et confidentiel ; et son médecin traitant ou son médecin du travail, désignés par la HAS pour le repérage.
La charge administrative cause-t-elle le burn-out des psys ?
La littérature identifie la charge de travail parmi les déterminants du burn-out, et la charge documentaire en fait partie. Aucune étude ne permet d'affirmer qu'elle en serait la cause principale, et un outil qui la réduit ne prévient pas un épuisement professionnel.
Sources et références
- •O'Connor K., Muller Neff D., Pitman S., Burnout in mental health professionals : a systematic review and meta-analysis of prevalence and determinants, European Psychiatry, 2018 (revue par les pairs, vérifié à la source : prévalences de 40 %, 22 % et 19 %, déterminants et facteurs protecteurs)
- •Organisation mondiale de la santé, Burn-out an occupational phenomenon : International Classification of Diseases, 28 mai 2019 (source institutionnelle, vérifié à la source : définition et trois dimensions)
- •HAS, Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout (source institutionnelle : recommandation, volet retour au travail actualisé en 2025)
- •Association SPS, Soins aux professionnels en santé (source de l'organisme : plateforme nationale d'écoute, 0 805 23 23 36, anonyme et gratuite, joignable à toute heure)
- •3114, numéro national de prévention du suicide (dispositif public géré par le ministère chargé de la santé)
- •Info.gouv.fr, le 3114, numéro national de prévention du suicide (source officielle)
Sources consultées le 8 août 2026. Aucun chiffre de cet article ne provient d'une mesure propre à Pllume, et aucun témoignage de praticien n'y figure.
Si la charge documentaire fait partie de ce que vous portez seul, vous pouvez demander un accès et juger sur une consultation réelle.
Mounir Fassouane
Fondateur de Pllume
Mounir a imaginé Pllume pour sa compagne, professionnelle de la santé mentale. Chaque soir, il la voyait reprendre ses notes après une journée déjà longue, le travail se prolongeant bien après la dernière consultation. Il a voulu lui rendre ces heures, alléger sa charge mentale et lui redonner du temps en famille. C'est de cette proximité quotidienne avec le métier qu'il écrit ici. La charge documentaire, l'isolement du libéral, les exigences de conformité : tout ce qui éloigne le praticien de l'essentiel, le soin.
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