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Regards d'experts

Mon Soutien Psy : faut-il se conventionner ? Le pour, le contre, et comment trancher

Se conventionner à Mon Soutien Psy divise la profession : 50 € la séance, autonomie clinique en jeu, débat syndical vif. Une analyse honnête des arguments pour décider en connaissance de cause.

Mounir Fassouane23 juin 20265 min de lecture
Psychologue en cabinet, suivi d’un patient

Peu de sujets divisent autant la profession. Depuis son lancement, le dispositif Mon Soutien Psy a ouvert le remboursement des séances chez le psychologue, et, dans le même mouvement, fracturé la communauté des praticiens. D'un côté, des patients qui n'auraient jamais franchi la porte d'un cabinet ; de l'autre, une majorité de psychologues qui refusent de s'y inscrire. Si vous hésitez à vous conventionner, vous êtes en nombreuse compagnie : c'est sans doute la décision administrative la plus débattue du métier aujourd'hui. Essayons de la poser à plat, sans militer.

Ce que le conventionnement change concrètement

Depuis la réforme de 2024, le dispositif a changé de visage : accès direct, sans passer par un médecin traitant, et douze séances par an prises en charge. Le tarif de la séance est fixé à 50 €, remboursés à 60 % par l'Assurance Maladie, le reste relevant de la complémentaire santé du patient, avec un tiers payant qui se généralise.

Sur le papier, l'intention est solide : lever le frein financier, qui reste l'un des premiers motifs de renoncement aux soins en santé mentale. Pour le praticien, l'engagement n'est pas anodin : un tarif encadré, des critères d'inclusion définis (troubles anxieux ou dépressifs d'intensité légère à modérée), et un cadre administratif qui n'est pas celui que l'on choisit soi-même.

L'argument économique : 50 €, et le temps qu'on ne compte pas

La critique la plus fréquente porte sur le tarif. En libéral, beaucoup de consultations se situent au-dessus de 50 € dans les grandes villes. Mais réduire le débat à ce différentiel passe à côté de l'essentiel.

Une séance n'est pas un bloc de quarante-cinq minutes isolé. Il y a la préparation, la note rédigée après coup, parfois un courrier, la coordination avec un confrère, la gestion des rendez-vous. Quand on rapporte les 50 € à ce temps réel, celui que personne ne facture, le taux horaire effectif fond. C'est précisément ce que dénoncent les opposants : un tarif pensé pour la séance, pas pour le travail qu'elle engage.

Le piège n'est pas le tarif affiché, mais le tarif rapporté au temps total. Avant de signer, faites le calcul de votre vrai coût horaire, séance, écrits cliniques et gestion comprises.

L'argument de l'autonomie : le vrai nerf du débat

Si l'on s'en tenait à l'argent, la discussion serait vite close. Ce qui cristallise la résistance est ailleurs. Les syndicats (le SNP, Manifestepsy, le collectif Convergence des psychologues en lutte) défendent une idée simple : le conventionnement fait basculer de fait le psychologue dans le champ paramédical, sous l'autorité de l'Assurance Maladie.

Encadrer le nombre de séances, les critères d'inclusion, le tarif, c'est encadrer le cadre thérapeutique lui-même. Or l'indépendance du jugement clinique est, pour beaucoup, non négociable : c'est elle qui distingue un accompagnement psychologique d'un acte standardisé. À ce jour, une large majorité de psychologues refuse de s'inscrire au dispositif. Ce n'est pas un détail de mauvaise humeur : c'est une position de fond sur ce qu'est le métier.

Ce que disent les chiffres d'usage

Les données d'utilisation alimentent le débat dans les deux sens. La consommation moyenne tourne autour de cinq séances par bénéficiaire, et une majorité de parcours s'interrompent avant d'aller à leur terme.

On peut lire ces chiffres de deux manières, et l'honnêteté oblige à présenter les deux. Première lecture : le format court remplit son office, quelques séances suffisent à débloquer une situation, le patient repart, tant mieux. Seconde lecture : le cadre (douze séances, troubles légers) ne colle pas à la réalité d'une grande partie des suivis, qui s'inscrivent dans la durée, et les abandons précoces traduiraient alors une inadéquation, pas un succès.

La vérité est probablement entre les deux, et dépend surtout du type de patientèle. Ce qui nous ramène à la seule question qui compte vraiment pour vous.

Pour qui le dispositif a du sens, pour qui s'abstenir

Plutôt favorable si…Plutôt défavorable si…
Vous débutez et cherchez à constituer une patientèleVotre agenda est déjà plein au tarif libre
Vous pratiquez des accompagnements brefs et ciblésVous travaillez sur des suivis longs et complexes
L'accès aux soins est une valeur centrale pour vousL'autonomie totale du cadre est non négociable
Votre coût horaire réel reste tenable à 50 €Le tarif rapporté au temps total vous fait perdre de l'argent

Comment trancher : trois questions à se poser

  1. Quelle patientèle voulez-vous construire ? Le dispositif est une porte d'entrée. Il amène des personnes qui n'auraient pas consulté, souvent pour des demandes ciblées. Si votre pratique vit de suivis au long cours, ce flux ne correspond pas à votre modèle.
  2. Quel est votre vrai coût horaire ? Posez sur le papier le temps complet d'un patient : séance, note, courrier, gestion. Divisez votre revenu par ces heures réelles. Vous saurez si 50 € tient.
  3. Quelle place donnez-vous à votre autonomie ? Il n'y a pas de honte à accepter un cadre en échange d'un flux de patients. Il n'y en a pas non plus à le refuser pour protéger votre indépendance. Mais la décision doit être consciente, pas subie.

Il n'existe pas de bonne réponse universelle, seulement la vôtre, alignée sur votre pratique et vos valeurs. Une chose est sûre, quel que soit votre choix : le temps passé sur l'administratif, conventionné ou non, reste du temps soustrait au soin. La paperasse de la cotation, les courriers, les notes du soir pèsent de la même manière des deux côtés de la décision.

C'est exactement ce que nous cherchons à alléger chez Pllume : vous rendre les heures que la documentation vous prend, pour que la question « 50 € est-ce rentable ? » se pose enfin sur le seul temps qui compte, celui de la consultation. Pour comprendre comment, le plus simple est encore d'en faire l'essai sur une vraie séance. Et si le sujet du cadre légal vous occupe, notre hub Conformité détaille ce que la pratique en libéral implique côté RGPD et secret professionnel.

M

Mounir Fassouane

Fondateur de Pllume

Fondateur de Pllume, Mounir a conçu l'application pour son épouse, professionnelle de la santé mentale : lui rendre les heures que la rédaction des notes lui prenait le soir, alléger sa charge mentale et lui permettre de passer plus de temps en famille. C'est de cette proximité quotidienne avec le métier qu'il écrit ici — la charge documentaire, l'isolement du libéral, les exigences de conformité, et tout ce qui éloigne le praticien du soin.

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