Peut-on enregistrer une séance de psychothérapie ?
Oui, en France, un psychiatre, un psychologue ou un psychothérapeute peut enregistrer une séance, mais jamais de sa seule initiative. L’enregistrement n’est licite que si le patient y a explicitement consenti avant le début de la captation, si le secret professionnel est préservé sur toute la chaîne, et si les données sont hébergées chez un hébergeur certifié HDS.
Mis à jour le 3 août 2026 · Lecture 12 min · Contenu informatif, ne constitue pas un conseil juridique.
En bref
Enregistrer une séance de psychothérapie est légal en France sous trois conditions cumulatives : le consentement explicite et révocable du patient, recueilli avant l’enregistrement (article 9 du RGPD), le respect du secret professionnel (article 226-13 du Code pénal), et l’hébergement des données chez un hébergeur certifié HDS (article L.1111-8 du Code de la santé publique).
Sommaire
- La réponse détaillée
- Les trois piliers du cadre légal
- 1. Le consentement : deux fondements juridiques distincts
- 2. Qui enregistre ? Praticien, patient, tiers
- 3. Le secret professionnel
- 4. Retrait du consentement et droit à l’effacement
- 5. Combien de temps conserver l’audio ?
- 6. L’hébergement des données (HDS)
- 7. Ce que dit la déontologie
- Checklist : enregistrer en conformité
- Questions fréquentes
- Sources et références
La réponse détaillée
Enregistrer une séance de psychothérapie est légal en France, mais ne relève jamais de la simple décision du praticien : c’est un traitement de données de santé, soumis simultanément au RGPD, au Code pénal et au Code de la santé publique. Trois corps de règles se superposent, et chacun a sa propre sanction.
À l’inverse, enregistrer une séance à l’insu du patient, ou confier l’enregistrement à un service dont on ne maîtrise ni l’hébergement ni les accès, expose le praticien à des sanctions pénales, administratives et déontologiques cumulables. La différence entre les deux situations ne tient pas à la technique employée : elle tient entièrement à la préparation en amont et à la traçabilité.
Un point mérite d’être posé d’emblée, car il est souvent mal compris : le praticien qui utilise un outil d’aide à la rédaction reste responsable de traitement au sens du RGPD. Le prestataire est son sous-traitant. Aucun contrat, aucune certification ne transfère la responsabilité du praticien vers l’éditeur.
Les trois piliers du cadre légal
Consentement
Explicite, libre, éclairé, spécifique, recueilli avant l’enregistrement, révocable et démontrable. Articles 4, 7 et 9 du RGPD.
Secret professionnel
Préservé du recueil à la suppression. Article 226-13 du Code pénal. Le praticien reste responsable, y compris du choix de ses prestataires.
Hébergement HDS
Données de santé hébergées chez un prestataire certifié HDS. Article L.1111-8 du Code de la santé publique.
1. Le consentement : deux fondements juridiques distincts
Une séance en santé mentale produit deux catégories d’informations particulièrement protégées : des paroles à caractère confidentiel et des données de santé. Chacune relève d’un texte différent, et il faut satisfaire les deux.
a. La protection pénale de la parole (article 226-1 du Code pénal)
L’article 226-1 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende le fait de porter volontairement atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui en captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel. Une séance de psychothérapie entre par nature dans ce périmètre.
Le même article prévoit que le consentement est présumé lorsque l’enregistrement a été accompli au vu et au su des intéressés sans qu’ils s’y opposent alors qu’ils étaient en mesure de le faire. Cette présomption est une protection faible : elle ne suffit pas à satisfaire le RGPD, qui exige un consentement explicite et démontrable pour les données de santé. Un praticien ne peut donc pas se contenter de poser un micro visible sur le bureau.
b. La protection des données de santé (articles 6 et 9 du RGPD)
Tout traitement de données personnelles suppose une base légale au sens de l’article 6 du RGPD. Pour les données de santé, qui relèvent des catégories particulières, une condition supplémentaire s’ajoute : l’article 9 pose une interdiction de principe de traitement, assortie d’exceptions limitativement énumérées. Deux d’entre elles intéressent le cabinet :
- l’article 9, paragraphe 2, point h : traitement nécessaire aux fins de la médecine préventive, du diagnostic médical ou de la prise en charge. Cette base couvre la tenue du dossier de soin. Elle suppose, en vertu du paragraphe 3 du même article, que les données soient traitées par un professionnel soumis à une obligation de secret ;
- l’article 9, paragraphe 2, point a : le consentement explicite de la personne concernée.
Pour l’enregistrement d’une séance, la base la plus solide est le consentement explicite. La raison est simple : capter l’audio d’une séance n’est pas strictement nécessaire à la prise en charge, puisque le praticien peut rédiger sa note sans enregistrement. Fonder cette captation sur la seule base « soins » revient à étendre une exception au-delà de sa finalité, ce qui fragilise juridiquement le cabinet.
Ce consentement doit répondre aux conditions posées par les articles 4, point 11, et 7 du RGPD :
- Libre : sans pression, le refus n’altérant en rien la qualité ni l’accès à la prise en charge ;
- Éclairé : le patient sait ce qui est enregistré, pourquoi, où c’est stocké, par qui c’est traité, et combien de temps ;
- Spécifique : il porte sur l’enregistrement de la séance, pas sur un usage indéterminé ni sur une réutilisation ultérieure ;
- Univoque et explicite : un acte positif clair, jamais une case pré-cochée ni un silence ;
- Recueilli en amont : avant le déclenchement de l’enregistrement, pas après coup ;
- Démontrable : l’article 7, paragraphe 1, impose au praticien de pouvoir prouver que le patient a consenti ;
- Révocable : le patient peut le retirer à tout moment, aussi simplement qu’il l’a donné (article 7, paragraphe 3).
En pratique, la traçabilité du consentement compte autant que son recueil : il faut pouvoir démontrer qui a consenti, à quoi et quand. C’est l’une des raisons pour lesquelles un consentement intégré à l’outil, horodaté et révocable en un geste, vaut mieux qu’une case cochée une fois pour toutes en début de suivi. Pour aller plus loin sur la formulation à employer en séance, voir notre guide du consentement du patient à l’usage d’un outil d’aide à la rédaction.
2. Qui enregistre ? Praticien, patient, tiers
La question « peut-on enregistrer une séance » n’a pas la même réponse selon la personne qui déclenche l’enregistrement. Trois situations se distinguent nettement.
a. Le praticien enregistre
C’est le cas le plus encadré, et le plus simple à sécuriser. Le praticien est responsable de traitement : il définit la finalité (aide à la rédaction de la note), recueille le consentement explicite, informe le patient au sens de l’article 13 du RGPD, inscrit le traitement à son registre des traitements et encadre ses prestataires par contrat.
b. Le patient enregistre
Un patient qui enregistre la séance sans l’accord du praticien capte des paroles prononcées à titre confidentiel, ce que vise l’article 226-1 du Code pénal. Le RGPD, lui, ne s’applique pas à un usage strictement personnel et domestique : le patient n’est donc pas soumis au registre ni aux obligations d’un responsable de traitement, mais la protection pénale de la parole du praticien demeure.
Il faut cependant mesurer le rapport de force réel. Par ses arrêts d’assemblée plénière du 22 décembre 2023 (pourvoi n° 20-20.648), la Cour de cassation a admis qu’une preuve obtenue de manière déloyale, y compris un enregistrement clandestin, puisse être produite devant le juge civil lorsqu’elle est indispensable à l’exercice du droit à la preuve et que l’atteinte reste strictement proportionnée. Autrement dit, l’illicéité de la captation n’en garantit plus l’écartement du débat judiciaire.
La conséquence clinique est plus intéressante que la conséquence juridique. Un patient qui souhaite conserver une trace de sa séance exprime souvent un besoin légitime, notamment en thérapie cognitivo-comportementale où la réécoute d’un exercice a une valeur thérapeutique. Poser la question ouvertement, en convenir, et définir ensemble ce qui est enregistré vaut mieux que de découvrir un enregistrement après coup.
c. Séances à plusieurs voix
En thérapie de couple, de famille ou de groupe, le consentement se recueille auprès de chaque personne présente, sans exception : chacune est auteur de ses propres paroles et personne concernée au sens du RGPD. Un refus, même isolé, fait obstacle à l’enregistrement de la séance entière. Pour un mineur, le consentement s’articule avec l’autorité parentale, tout en recherchant l’adhésion du mineur en fonction de son degré de maturité.
3. Le secret professionnel
Le secret professionnel est posé par l’article 226-13 du Code pénal, qui punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende la révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire, soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire. Pour les médecins, l’obligation est reprise et précisée par le code de déontologie médicale, intégré au Code de la santé publique (article R.4127-4).
La situation des psychologues mérite une nuance. Aucun texte ne les soumet nommément au secret professionnel comme le fait le Code de la santé publique pour les médecins. La jurisprudence retient toutefois qu’ils y sont tenus au titre de leur profession, l’activité impliquant par nature la confidence, et leur code de déontologie en fait un principe cardinal. La prudence commande donc de raisonner, en pratique de cabinet, comme si le secret s’imposait pleinement.
Point essentiel, quelle que soit la profession : le secret engage le praticien, pas l’outil. Confier l’enregistrement à un prestataire numérique ne transfère pas la responsabilité. Concrètement, le praticien doit s’assurer que tout service utilisé offre des garanties suffisantes au sens de l’article 28 du RGPD, qui encadre la sous-traitance. Cela suppose, au minimum :
- un contrat de sous-traitance définissant précisément les rôles, les finalités, la durée et les obligations de chacun ;
- le chiffrement des contenus, en transit comme au repos, conformément à l’article 32 du RGPD ;
- l’absence d’accès humain non autorisé aux audios, transcriptions et notes, et la journalisation des accès ;
- une minimisation stricte des données réellement transmises à des composants automatisés ;
- la liste des sous-traitants ultérieurs, avec leur localisation et leur régime juridique.
Une bonne pratique consiste à anonymiser les données identifiantes avant tout traitement automatisé : si les noms, dates de naissance et identifiants sont masqués sur le poste du praticien, les composants d’analyse ne voient jamais l’identité du patient. Le secret est alors protégé par conception, pas seulement par contrat. Nous détaillons ce raisonnement dans secret professionnel et intelligence artificielle.
4. Retrait du consentement et droit à l’effacement
Deux mécanismes distincts sont souvent confondus, et il est utile de les tenir séparés.
Le retrait du consentement (article 7, paragraphe 3 du RGPD) vaut pour l’avenir : le patient peut mettre fin à l’enregistrement à tout moment, et ce retrait doit être aussi simple que l’a été le recueil. Il ne remet pas en cause la licéité du traitement effectué avant le retrait, mais il prive le praticien de sa base légale pour la suite.
Le droit à l’effacement (article 17 du RGPD) porte sur les données déjà collectées. Il s’exerce notamment lorsque le consentement est retiré et qu’aucun autre fondement ne justifie la conservation. Le paragraphe 3 du même article prévoit toutefois des limites, en particulier lorsque le traitement est nécessaire au respect d’une obligation légale ou à des fins de médecine préventive et de prise en charge. En pratique, cela signifie que l’audio de la séance peut et doit pouvoir être supprimé sans difficulté, tandis que le dossier de soin obéit à ses propres règles de conservation.
À retenir. Un outil qui ne permet pas de supprimer effectivement un enregistrement, ses transcriptions et ses données dérivées place le praticien en difficulté le jour où un patient exerce son droit. La suppression en cascade doit être une fonctionnalité vérifiable, pas une promesse commerciale.
5. Combien de temps conserver l’audio ?
Aucun texte n’impose de conserver l’enregistrement d’une séance. Le principe applicable est celui de la limitation de la conservation : les données ne sont conservées que le temps nécessaire à la finalité pour laquelle elles ont été collectées, et cette durée doit être fixée, justifiée et inscrite au registre des traitements (article 30 du RGPD).
Puisque la finalité déclarée est l’aide à la rédaction de la note, la durée nécessaire s’arrête logiquement à la validation de cette note par le praticien. Conserver l’audio au-delà crée un risque sans contrepartie : un volume de données sensibles supplémentaire à sécuriser, à documenter et, le cas échéant, à notifier en cas de violation.
Ne pas confondre avec la conservation du dossier de soin, qui suit une logique différente et des durées bien plus longues. Nous détaillons ce point dans le guide RGPD au cabinet du psychologue.
6. L’hébergement des données (HDS)
Dès lors qu’un tiers héberge des données de santé pour le compte d’un professionnel, l’article L.1111-8 du Code de la santé publique impose le recours à un Hébergeur de Données de Santé certifié. Cette certification, délivrée par un organisme accrédité sur la base d’un référentiel publié par l’Agence du Numérique en Santé, couvre la sécurité physique et logique, la traçabilité des accès, la continuité d’activité et la restitution des données. Elle n’est pas optionnelle pour de l’audio ou des transcriptions de séance.
Au-delà de l’obligation légale, le lieu d’hébergement compte. Un hébergement situé en France, opéré par un prestataire soumis au seul droit européen, évite l’exposition à des législations extraterritoriales, au premier rang desquelles le CLOUD Act américain, qui permet à certaines autorités d’exiger l’accès à des données détenues par des sociétés relevant du droit des États-Unis, y compris lorsqu’elles sont stockées en Europe.
Pour des données de santé mentale, parmi les plus sensibles qui soient, ce critère de souveraineté relève de la prudence autant que de la confiance vis-à-vis des patients. Voir notre guide de l’hébergement des données de santé en France.
À retenir. Hébergement HDS et hébergement en France ne sont pas la même chose : un hébergeur peut être certifié HDS tout en étant soumis à une législation extraterritoriale. Pour la santé mentale, cumuler les deux critères est la position la plus protectrice.
7. Ce que dit la déontologie
Au-delà de la loi, chaque profession dispose d’un cadre déontologique, dont la portée juridique diffère.
Les médecins psychiatres relèvent du code de déontologie médicale, intégré au Code de la santé publique aux articles R.4127-1 et suivants. Il a valeur réglementaire et son non-respect est sanctionnable disciplinairement par les instances ordinales. Il rappelle notamment que le secret professionnel est institué dans l’intérêt des patients (article R.4127-4) et que le consentement de la personne examinée doit être recherché.
Les psychologues se réfèrent au Code de déontologie des psychologues, dans sa version actualisée de 2021. Ce texte n’a pas de valeur réglementaire contraignante, faute d’ordre professionnel, mais il constitue la référence professionnelle reconnue et il est régulièrement invoqué devant les juridictions comme standard de la profession. Son article 9 prévoit que le psychologue recherche systématiquement le consentement libre et éclairé de ceux qui le consultent, et les informe de manière claire et intelligible des objectifs, des modalités et des limites de son intervention. Le titre de psychologue est par ailleurs protégé par la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985.
L’esprit des deux cadres converge : l’enregistrement ne doit jamais altérer la relation thérapeutique, ni s’imposer au patient. Un patient qui refuse l’enregistrement doit pouvoir être suivi exactement dans les mêmes conditions. L’outil est au service du soin, jamais l’inverse.
Checklist : enregistrer une séance en conformité
- ✓ Recueillir le consentement explicite du patient avant d’enregistrer, et le tracer (qui, quoi, quand).
- ✓ Informer clairement (article 13 du RGPD) : finalité, nature des données, destinataires, durée de conservation, droits et contact.
- ✓ Recueillir le consentement de chaque personne présente en séance de couple, de famille ou de groupe.
- ✓ Garantir que le secret professionnel est préservé sur toute la chaîne, y compris chez les prestataires.
- ✓ Vérifier l’hébergement : certifié HDS, idéalement en France, hors portée de législations extraterritoriales.
- ✓ Encadrer la sous-traitance par contrat (article 28 du RGPD) et tenir un registre des traitements (article 30).
- ✓ Fixer une durée de conservation de l’audio et s’assurer que la suppression est effective.
- ✓ Réaliser une analyse d’impact (DPIA, article 35) si le traitement présente un risque élevé pour les droits des patients.
- ✓ Savoir réagir à une violation de données : notification à la CNIL sous 72 heures lorsque le risque l’exige (article 33).
Pourquoi j’ai fait du consentement un élément de design
J’ai construit Pllume en observant le travail d’une professionnelle de la santé mentale de mon entourage proche. Ce qui m’a frappé n’est pas la difficulté technique d’enregistrer une séance : c’est l’exigence silencieuse qui l’entoure. Le secret professionnel ne souffre aucune approximation, et le consentement du patient ne peut jamais devenir une formalité qu’on expédie entre deux consultations.
J’ai vu ce que produit un consentement mal posé : une hésitation, un regard vers l’ordinateur, quelques secondes de flottement au début d’une séance qui en avait besoin. Le problème n’est pas juridique à ce moment-là, il est clinique. C’est pour cela que je considère le consentement comme un élément de conception du produit, au même rang qu’un écran ou qu’une fonctionnalité, et non comme une case à cocher ajoutée pour satisfaire un audit.
Un outil grand public n’est pas conçu pour porter cette responsabilité : il ne pense pas le consentement comme un geste révocable à tout moment, ni l’hébergement des données comme une obligation plutôt qu’une option. Chez Pllume, le consentement, le secret professionnel et l’hébergement en France chez un hébergeur certifié HDS sont la condition de départ, pensés pour elle avant de l’être pour vous.
Comment Pllume traite ces obligations
Pllume est l’assistant clinique conçu pour les professionnels de la santé mentale. Ces exigences ne sont pas une couche ajoutée après coup : elles structurent le produit.
- ✓ Consentement intégré : recueil tracé, horodaté et révocable, présenté comme un élément de la relation, pas comme une formalité.
- ✓ Anonymisation côté navigateur : les identifiants patient sont masqués sur votre poste, avant tout envoi au modèle de génération de texte.
- ✓ Hébergement en France, chez un hébergeur certifié HDS : audio, transcriptions et notes restent dans le périmètre français.
- ✓ Chiffrement applicatif des transcriptions et sous-traitance encadrée par un accord de protection des données (article 28 du RGPD).
- ✓ Suppression effective : retrait du consentement et effacement en cascade des données dérivées.
- ✓ Validation humaine : rien n’est validé sans vous ; chaque note attend votre relecture.
Questions fréquentes
Peut-on enregistrer une séance de psychothérapie ?+
Oui, à condition de recueillir au préalable le consentement explicite du patient. Une séance produit à la fois des paroles confidentielles, protégées par l’article 226-1 du Code pénal, et des données de santé, soumises à l’article 9 du RGPD. Sans consentement recueilli en amont, l’enregistrement est illicite.
Quelle base légale retenir pour enregistrer une séance ?+
Le consentement explicite du patient (article 9, paragraphe 2, point a du RGPD) est la base la plus adaptée : l’enregistrement n’est pas strictement nécessaire au soin, il constitue une aide à la rédaction. La base « soins » de l’article 9, paragraphe 2, point h couvre la tenue du dossier, pas nécessairement la captation audio de la séance.
Le consentement doit-il être écrit ?+
Le RGPD n’impose pas l’écrit, mais l’article 7 impose au praticien de pouvoir démontrer que le patient a consenti. Un consentement horodaté, tracé dans l’outil, avec la mention de la finalité et la possibilité de retrait, remplit cette exigence de preuve mieux qu’un accord purement oral.
Un patient peut-il enregistrer lui-même sa séance ?+
Un patient qui enregistre sans l’accord du praticien capte des paroles confidentielles au sens de l’article 226-1 du Code pénal. Mieux vaut poser la question dans le cadre thérapeutique et l’accepter explicitement plutôt que la subir. Depuis 2023, la Cour de cassation admet, sous conditions strictes, qu’une preuve obtenue de manière déloyale soit produite devant le juge civil.
Le secret professionnel s’applique-t-il à un outil numérique ?+
Le secret professionnel (article 226-13 du Code pénal) engage le praticien, pas l’outil. C’est donc au praticien de s’assurer que tout prestataire numérique offre des garanties suffisantes : sous-traitance encadrée par contrat (article 28 du RGPD), chiffrement, hébergement HDS, et absence d’accès humain non autorisé aux contenus cliniques.
Le patient peut-il demander la suppression de l’enregistrement ?+
Oui. Le patient peut retirer son consentement à tout moment (article 7, paragraphe 3 du RGPD) et demander l’effacement de ses données (article 17). Le retrait vaut pour l’avenir et ne remet pas en cause la licéité du traitement déjà réalisé. Seules les obligations légales de conservation du dossier de soin peuvent limiter l’effacement.
Combien de temps conserver l’enregistrement audio d’une séance ?+
Aucune règle n’impose de conserver l’audio. La durée doit être limitée à ce qui est nécessaire à la finalité déclarée, puis documentée dans le registre des traitements (article 30 du RGPD). La pratique la plus protectrice consiste à supprimer l’audio dès que la note clinique est relue et validée par le praticien.
Où doivent être hébergées les données de santé de mes patients ?+
Toute donnée de santé hébergée pour le compte d’un professionnel doit l’être chez un hébergeur certifié HDS, conformément à l’article L.1111-8 du Code de la santé publique. Privilégier un hébergement en France évite par ailleurs l’exposition à des législations extraterritoriales comme le CLOUD Act américain.
Sources et références
Chaque affirmation sur le cadre légal de l’enregistrement d’une séance renvoie à une source publique et vérifiable. Les textes cités sont accessibles en ligne et peuvent évoluer.
- Code pénal, article 226-1 : captation ou enregistrement de paroles prononcées à titre privé ou confidentiel, sans le consentement de leur auteur. legifrance.gouv.fr
- Code pénal, article 226-13 : révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire. legifrance.gouv.fr
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD) : articles 6 et 9 (bases légales et catégories particulières de données), 7 (conditions du consentement), 17 (droit à l’effacement), 28 (sous-traitance), 30 (registre), 32 (sécurité), 35 (analyse d’impact). eur-lex.europa.eu
- Code de la santé publique, article L.1111-8 : hébergement de données de santé pour le compte de tiers. legifrance.gouv.fr
- Code de la santé publique, article R.4127-4 : secret professionnel institué dans l’intérêt des patients (code de déontologie médicale). legifrance.gouv.fr
- CNIL, délibération n° 2020-081 du 18 juin 2020 portant adoption d’un référentiel relatif aux traitements destinés à la gestion des cabinets médicaux et paramédicaux. legifrance.gouv.fr
- Agence du Numérique en Santé, certification des Hébergeurs de Données de Santé (HDS). esante.gouv.fr
- CNIL, dossier « La protection des données dans le secteur de la santé ». cnil.fr
- Code de déontologie des psychologues (version actualisée de 2021), article 9 : recueil du consentement libre et éclairé. codededeontologiedespsychologues.fr
- Cour de cassation, assemblée plénière, 22 décembre 2023, pourvoi n° 20-20.648 : recevabilité, sous conditions, d’une preuve obtenue de manière déloyale devant le juge civil. legifrance.gouv.fr
Cette page présente une lecture des bonnes pratiques et du cadre applicable ; elle a une vocation strictement informative et ne constitue pas un avis juridique. Les références aux textes (RGPD, Code pénal, Code de la santé publique, codes de déontologie) sont citées à titre pédagogique et peuvent évoluer. Pour une analyse adaptée à votre situation, rapprochez-vous de votre Ordre, de votre instance professionnelle ou d’un conseil juridique. Pour toute question relative aux données personnelles traitées par Pllume, contact RGPD : contact@pllume.com.
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