Modèle de courrier au confrère en psychiatrie
Un courrier au confrère en santé mentale répond à une exigence particulière : être assez précis pour être utile au destinataire, assez réservé pour respecter le secret professionnel. Cette page donne le courrier complet à copier, chaque bloc expliqué, un exemple fictif entièrement rempli, et le cadre juridique du partage d’informations entre professionnels.
Mis à jour le 4 août 2026 · Lecture 11 min
En bref
Un courrier au confrère comporte sept blocs : identification des correspondants, objet et motif, éléments cliniques utiles, traitements en cours, question posée, retour attendu, formule et signature. En santé mentale, la règle de sélection domine tout le reste : on transmet ce qui est strictement nécessaire à la prise en charge, jamais le contenu des séances.
Quatre situations, un même squelette
La confusion la plus fréquente consiste à écrire le même courrier dans des situations qui n’appellent ni la même longueur, ni la même conclusion. Quatre cas se distinguent nettement.
1. La lettre d’adressage
Vous orientez un patient vers un confrère, pour un avis ponctuel, un relais de prise en charge ou un accès à une technique que vous ne pratiquez pas. Le courrier est centré sur la question posée. Il donne le contexte minimal permettant au confrère de recevoir le patient sans repartir de zéro, et se conclut par une demande explicite. C’est le format le plus court des quatre.
2. Le courrier de liaison au médecin traitant
Vous informez un correspondant déjà impliqué dans la prise en charge, le plus souvent le médecin traitant, de l’évolution du suivi. L’enjeu n’est pas de poser une question mais d’éviter les décisions prises en aveugle : instauration ou modification d’un traitement, interactions possibles, arrêt de travail, surveillance somatique à assurer. Ce courrier est le plus exposé au risque de sur-transmission, parce qu’il n’a pas de question qui le borne naturellement.
3. Le compte rendu de consultation demandé
Un correspondant vous a adressé le patient et attend le retour de votre évaluation. Le courrier est plus développé : il reprend le motif de l’adressage, l’essentiel de l’évaluation, la conclusion et le plan proposé. C’est ici que la reformulation compte le plus, car un compte rendu de consultation psychiatrique complet ne se transmet pas tel quel : il se résume à ce que le demandeur doit savoir pour agir. La structure complète de l’évaluation elle-même est détaillée dans l’examen de l’état mental.
4. La réponse à une demande d’avis
Un confrère vous interroge sur une situation dont il garde la charge. Votre courrier répond à sa question, et à elle seule. Il précise ce sur quoi vous vous prononcez, ce que vous ne pouvez pas trancher faute d’éléments, et qui reste responsable du suivi. Une réponse d’avis qui déborde de la question posée crée une ambiguïté sur le partage des responsabilités.
Le modèle complet, à copier
Trame unique, valable pour les quatre situations. Les blocs 5 et 6 se retirent dans un courrier de liaison qui n’appelle aucune réponse.
Chaque bloc, expliqué
Identification des correspondants
Nom, qualité et coordonnées des deux professionnels, identifiant professionnel quand il existe, et identification du patient réduite à ce qui permet de le reconnaître sans ambiguïté. Un courrier mal identifié est un courrier qui circule mal, et un courrier qui circule mal finit par être lu par le mauvais destinataire.
Objet et motif
L’objet annonce la nature du courrier en quelques mots, le motif l’explicite en une à deux phrases. Le destinataire doit savoir dès la première ligne s’il doit répondre, agir, ou simplement classer l’information. C’est le bloc qui détermine si le courrier sera lu jusqu’au bout.
Éléments cliniques utiles
Le bloc décisif, et le seul où la sélection est un acte clinique à part entière. Le critère n’est pas ce qui est intéressant, ni ce qui a été dit, mais ce dont le destinataire a besoin pour ce qu’il va faire. Un médecin traitant qui doit renouveler un traitement et surveiller une tolérance n’a pas besoin de l’histoire familiale détaillée. On décrit la symptomatologie actuelle, son ancienneté, son retentissement, l’évolution constatée, et les éléments de risque qui engagent la conduite du destinataire.
Antécédents pertinents
Pertinents veut dire en rapport avec la question posée. Un antécédent d’effet indésirable grave, une comorbidité somatique qui contraint le choix thérapeutique, un antécédent de tentative de suicide dans une demande d’avis sur le risque : ces éléments se transmettent. Une histoire de vie complète recopiée depuis le dossier ne se transmet pas.
Traitements en cours
Les médicaments se nomment en dénomination commune internationale, avec posologie, date d’instauration et tolérance observée. Les traitements somatiques connus figurent aussi, car ils conditionnent les interactions. Pour une psychothérapie en cours, on indique la modalité et le rythme, jamais le contenu : la nature du travail engagé suffit au correspondant, son déroulé ne le concerne pas.
Question posée et retour attendu
Ces deux blocs sont ceux que l’on abrège le plus souvent, et ceux dont l’absence coûte le plus cher. Une question implicite reçoit une réponse imprécise, ou pas de réponse. Un retour attendu non formulé laisse chacun croire que l’autre assure le suivi. Écrire qui renouvelle, qui surveille, qui réévalue et à quelle échéance évite la zone grise où le patient se perd entre deux professionnels également convaincus d’être secondaires.
Information du patient
Mentionner dans le courrier que le patient a été informé de l’envoi et ne s’y est pas opposé sécurise la démarche pour les deux professionnels et objective la traçabilité de l’information. C’est une ligne, et c’est la ligne qui manque le plus souvent.
Formule et signature
Entre médecins, l’usage retient « Cher Confrère » ou « Chère Consœur », et la formule finale mentionne les salutations confraternelles. Un psychologue ou un psychothérapeute écrivant à un médecin emploie une formule de politesse ordinaire, sans registre confraternel qui ne correspondrait pas à la relation professionnelle réelle. La signature porte le nom et la qualité exacte.
Le point juridique : ce qui se partage, et jusqu’où
Le courrier au confrère est l’acte documentaire le plus exposé du cabinet, parce qu’il fait sortir de l’information couverte par le secret. Trois règles suffisent à le cadrer.
1. Le secret protège le patient, pas le praticien
L’article 4 du code de déontologie médicale, codifié à l’article R. 4127-4 du code de la santé publique, énonce que le secret professionnel, institué dans l’intérêt des patients, s’impose à tout médecin, et qu’il couvre tout ce qui est venu à sa connaissance dans l’exercice de sa profession : ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu’il a vu, entendu ou compris. Sa violation est réprimée par l’article 226-13 du code pénal, qui punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende la révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire. Les psychologues sont soumis au même article pénal, et leur code de déontologie le rappelle à son article 7.
2. Le partage est possible, mais borné par la nécessité
L’article L. 1110-4 du code de la santé publique organise l’échange et le partage d’informations entre professionnels. Lorsqu’ils appartiennent à une même équipe de soins, au sens de l’article L. 1110-12, ils peuvent partager les informations strictement nécessaires à la coordination, à la continuité des soins ou au suivi, ces informations étant réputées confiées à l’ensemble de l’équipe. Lorsqu’ils n’appartiennent pas à la même équipe de soins, ce qui est la situation courante entre un praticien libéral et un correspondant extérieur, le partage des informations nécessaires à la prise en charge requiert le consentement préalable du patient, recueilli par tout moyen. Le mot qui gouverne les deux cas est le même : nécessaire.
3. Le patient est informé et peut s’opposer
Le même article L. 1110-4 prévoit que la personne est dûment informée de son droit d’exercer une opposition à l’échange et au partage de ses informations, et qu’elle peut exercer ce droit à tout moment. Le code de déontologie médicale précise la situation de l’adressage à son article 58 : le médecin consulté par un patient soigné par un confrère doit, avec l’accord du patient, informer le médecin traitant et lui faire part de ses constatations et décisions ; si le patient refuse, il l’informe des conséquences de ce refus. Son article 64 ajoute que lorsque plusieurs médecins collaborent pour un même patient, ils doivent se tenir mutuellement informés.
La spécificité de la santé mentale
Le droit ne distingue pas la psychiatrie du reste de la médecine, mais la pratique impose une réserve supplémentaire, pour une raison simple : en santé mentale, le matériel clinique est constitué de ce que le patient a confié. Transmettre le contenu d’une séance ne relève pas de la coordination des soins, cela expose le patient et fragilise l’alliance thérapeutique qui est l’outil de travail. Le code de déontologie des psychologues formule la même exigence à son article 12 : lorsque les conclusions sont présentées à des tiers, elles ne répondent qu’à la question posée et ne contiennent que les éléments psychologiques qui les fondent. La règle opérationnelle tient en une phrase : on transmet des conclusions et des recommandations, pas du matériel clinique. La façon dont l’intelligence artificielle s’articule à cette obligation est traitée dans le dossier secret professionnel et IA.
Les références citées ci-dessus renvoient aux textes en vigueur à la date de mise à jour de cette page. Elles sont données à titre informatif et ne constituent pas un avis juridique.
Exemple de courrier rempli (cas fictif)
Patient fictif, créé pour cette page. Aucune donnée réelle n’y figure. L’exemple illustre un courrier de liaison adressé au médecin traitant après instauration d’un traitement.
Exemple fictif, à visée illustrative. Les éléments diagnostiques et thérapeutiques n’ont pas valeur de recommandation.
Cinq erreurs qui affaiblissent un courrier
- Transmettre le contenu des séances. Ce que le patient a confié n’est presque jamais nécessaire au destinataire. Le courrier restitue une évolution et une conduite, pas un déroulé.
- Ne pas poser de question. Un courrier d’adressage sans demande explicite est une note d’information, et sera traité comme telle.
- Laisser la répartition du suivi implicite. Qui renouvelle, qui surveille, qui réévalue : trois lignes qui évitent des mois d’ambiguïté.
- Nommer des tiers. Conjoint, employeur, membres de la famille : leurs éléments relèvent aussi du secret, et n’ont pas à figurer nommément quand ils ne conditionnent pas la prise en charge.
- Omettre la mention d’information du patient. Elle prend une ligne et objective le respect de l’obligation d’information et du droit d’opposition.
La matière du courrier vient du dossier. Une note de séance correctement structurée rend l’extraction quasi mécanique, alors qu’un dossier tenu en notes libres oblige à tout relire pour retrouver trois informations. Pour un premier adressage, le recueil d’anamnèse fournit directement les blocs 2 à 4.
Ce que j’ai observé sur les courriers
J’ai conçu Pllume en observant le quotidien d’une professionnelle de la santé mentale très proche de moi, puis en travaillant avec des praticiens qui utilisent le produit. Les courriers sont la tâche qui se reporte le plus : ils ne sont jamais urgents le jour même, ils exigent une décision de sélection fatigante en fin de journée, et ils finissent le samedi. Plusieurs praticiens m’ont décrit le même réflexe de repli, qui consiste à copier une partie du compte rendu pour ne pas avoir à trancher ce qui doit être transmis.
C’est précisément le réflexe que le secret professionnel interdit. Pllume aide à la documentation : il met en forme une première version du courrier à partir de la consultation, avec ses blocs. Il ne décide pas de ce qui doit être transmis, ne pose aucun diagnostic et n’oriente aucune décision clinique. Ce choix appartient au praticien, qui relit, retire, ajoute et signe. Cette limite est volontaire, et c’est aussi la raison pour laquelle le produit est conçu pour les psychiatres et les cliniciens de la santé mentale plutôt qu’adapté d’un outil médical généraliste.
Questions fréquentes
Que doit contenir un courrier au confrère en psychiatrie ?+
Un courrier au confrère comporte sept blocs : l’identification des deux correspondants, l’objet et le motif de l’adressage, les éléments cliniques strictement utiles, les traitements en cours, la question précise posée au confrère, ce que l’on attend en retour, puis la formule de politesse et la signature. Il ne reprend jamais l’intégralité du contenu des séances.
Quelle différence entre lettre d’adressage et courrier de liaison ?+
La lettre d’adressage oriente un patient vers un confrère pour un avis ou une prise en charge, et pose une question. Le courrier de liaison informe un correspondant déjà impliqué, souvent le médecin traitant, de l’évolution du suivi, sans nécessairement demander quoi que ce soit. La structure est proche, l’intention diffère.
Faut-il l’accord du patient pour écrire à son médecin traitant ?+
Le patient doit être informé du principe de l’échange et peut s’y opposer à tout moment, en application de l’article L. 1110-4 du code de la santé publique. Entre professionnels d’une même équipe de soins, le partage des seules informations nécessaires est présumé ; hors équipe de soins, le consentement préalable du patient est requis.
Que ne faut-il pas écrire dans un courrier de liaison en santé mentale ?+
On n’écrit pas le verbatim des séances, ni les confidences sans portée pour la prise en charge du destinataire, ni les tiers nommés, ni les hypothèses non étayées. Le critère est constant : ce qui est strictement nécessaire à ce que le destinataire doit faire. Le reste demeure au dossier.
Un psychologue peut-il écrire au médecin traitant de son patient ?+
Oui, avec l’accord du patient et dans les limites de son code de déontologie, qui prévoit que le psychologue ne répond qu’à la question posée et ne transmet que les éléments psychologiques qui la fondent. Il transmet des conclusions et des recommandations, pas le matériel clinique brut des séances.
Un courrier peut-il être préparé à partir de la consultation ?+
Une première version du courrier peut être mise en forme à partir de la consultation, avec le consentement du patient. Le praticien reste seul juge de ce qui est transmis, de la formulation clinique et du périmètre de l’information partagée, qu’il relit et signe avant envoi.
Sources et références
Les usages de rédaction décrits ci-dessus relèvent de la pratique professionnelle et varient selon les équipes. Les références suivantes sont celles qui font autorité sur le cadre du secret et du partage d’informations.
- Code de la santé publique, article L. 1110-4 : secret des informations, échange et partage entre professionnels, information de la personne et droit d’opposition. legifrance.gouv.fr
- Code de la santé publique, article L. 1110-12 : définition de l’équipe de soins. legifrance.gouv.fr
- Code pénal, articles 226-13 et 226-14 : atteinte au secret professionnel et dérogations légales. legifrance.gouv.fr
- Conseil national de l’Ordre des médecins, code de déontologie médicale, article 4 (article R. 4127-4 du code de la santé publique), secret professionnel. conseil-national.medecin.fr
- Conseil national de l’Ordre des médecins, code de déontologie médicale, article 64 (article R. 4127-64), exercice collégial et information réciproque ; article 58 (article R. 4127-58), médecin consulté par un patient soigné par un confrère. conseil-national.medecin.fr
- Code de déontologie des psychologues, version de 2021, articles 7 (secret professionnel) et 12 (présentation des conclusions à des tiers). Texte professionnel dépourvu de valeur réglementaire, publié par les organisations signataires. cncdp.fr
- Commission nationale de l’informatique et des libertés, ressources sur les données de santé et leur protection. cnil.fr
Cette page est informative. Elle ne remplace ni le jugement clinique du praticien, qui reste seul responsable du contenu et du périmètre de ce qu’il transmet, ni un avis juridique sur une situation particulière.
Pllume