Modèle de note d’entretien de crise pour psychologue
Une note d’entretien de crise comporte six rubriques : contexte de l’entretien, élément déclencheur rapporté, état au moment de l’entretien, sécurité et propos de la personne, interventions du psychologue, décision de fin d’entretien. C’est la note la plus exposée sur le plan médico-légal : elle sera relue si quelque chose arrive. La trame se copie ci-dessous, chaque rubrique est expliquée, et un exemple rempli fictif montre le niveau de détail attendu.
Mis à jour le 24 août 2026 · Lecture 8 min

En bref
Une note d’entretien de crise consigne une séance non programmée, ou une séance qui bascule, où la question de la sécurité de la personne se pose. Elle obéit à une seule doctrine : la traçabilité. Ce que la personne a dit s’écrit dans ses mots et entre guillemets plutôt que reformulé, ce que le psychologue a fait s’écrit avec l’heure, et la décision de fin d’entretien s’écrit avec ce sur quoi elle repose. Une règle ne souffre aucune exception : on n’écrit jamais « pas de risque suicidaire ».
Le modèle complet, à copier
Voici la trame vierge, dans l’ordre où elle se rédige. Elle se copie telle quelle dans un dossier patient ou un traitement de texte. Contrairement à une note de suivi, aucune rubrique ne se supprime : chacune répond à une question qui sera posée si le dossier est relu.
Chaque rubrique expliquée
1. Contexte de l’entretien
Elle répond à la première question que pose un lecteur extérieur : pourquoi cet entretien a-t-il eu lieu, et comment. Une séance non programmée obtenue en urgence par la personne elle-même, un appel d’un proche inquiet et une séance de suivi qui bascule en cours de route ne racontent pas la même chose et n’engagent pas de la même manière. L’heure, le cadre et l’initiative se notent parce qu’ils ne se reconstituent pas de mémoire six mois plus tard.
2. Élément déclencheur rapporté
Le mot « rapporté » fait tout le travail. Le psychologue n’était pas témoin de l’événement : il consigne ce que la personne en dit, daté et attribué. « Rapporte l’annonce d’une séparation la veille au soir » est défendable ; « a été quittée hier » affirme un fait que la note n’a pas les moyens d’établir. Cette prudence n’est pas une réserve sur la parole de la personne, c’est la nature d’un dossier clinique.
3. État au moment de l’entretien
Elle décrit, elle ne qualifie pas. « Arrive en pleurs, débit lent, longues pauses, discours cohérent » relève de l’observation ; « état dépressif majeur » est une conclusion qui n’a pas sa place dans une note d’entretien de crise, où l’enjeu est de restituer un moment précis et non de poser un diagnostic. Le critère est simple : un tiers présent dans la pièce aurait-il pu constater la même chose ?
4. Sécurité — propos de la personne
C’est la rubrique qui sera lue en premier si le dossier est relu, et la seule dont la formulation peut à elle seule fragiliser le praticien. Elle s’écrit en deux colonnes mentales : ce qui a été abordé, et ce que la personne a répondu, dans ses mots. Le verbatim entre guillemets est ici plus protecteur que n’importe quelle synthèse, parce qu’il n’affirme rien d’autre que ce qui a été dit. Ce qui n’a pas pu être abordé s’écrit également : une note qui dit « la personne n’a pas souhaité aborder ce point » est plus solide qu’une note silencieuse.
5. Interventions du psychologue
La rubrique qui montre qu’il s’est passé quelque chose. Elle consigne ce qui a été fait et à quelle heure : ce qui a été proposé et repris avec la personne, qui a été contacté, avec quel accord et ce qui lui a été transmis. L’accord se note même lorsqu’il est refusé, et le refus n’est pas un échec de la note : c’est une information clinique qui explique la suite. Une intervention menée et non écrite n’existe pas dans le dossier.
6. Décision de fin d’entretien
Tout entretien de crise se termine par une décision, y compris quand cette décision est de laisser la personne rentrer chez elle. Ce qui protège n’est pas la décision elle-même, c’est le fait qu’elle soit écrite avec ses appuis : les éléments observés, les propos rapportés, la présence effective d’un tiers, le rendez-vous fixé et confirmé. Une décision motivée reste lisible même si l’issue est mauvaise ; une décision non écrite laisse le lecteur supposer qu’elle n’a pas été prise.
Note d’entretien de crise et note de séance ordinaire : ce qui change
Une note de séance de suivi sert d’abord au praticien : elle lui permet de reprendre le fil la fois suivante. Une note d’entretien de crise sert aussi à cela, mais elle est écrite en sachant qu’elle sera peut-être lue par quelqu’un d’autre, dans un contexte où l’on cherchera à comprendre ce qui a été fait. Quatre éléments s’y ajoutent, et aucun n’est facultatif.
L’horodatage, pas seulement la date
Une note de suivi date la séance. Une note de crise date les moments : début et fin, moment où la question de la sécurité a été abordée, heure des appels, heure de la décision, heure de rédaction. La chronologie est ce qui distingue un entretien conduit d’un entretien subi, et c’est la seule façon de montrer qu’une situation a été reprise plusieurs fois au cours d’une même heure.
Le verbatim, pas la reformulation
En suivi, résumer ce que la personne apporte est légitime et suffisant. En crise, la reformulation est un risque : elle atténue, elle lisse, elle introduit une interprétation qui n’est pas rejouable. Les propos qui touchent à la sécurité s’écrivent entre guillemets, dans les mots de la personne, en se limitant à ce qui est cliniquement utile.
La décision explicite et motivée
Une note de suivi se termine par un plan : le prochain objectif, un exercice. Une note de crise se termine par une décision et par ses appuis. La différence est de nature : le plan dit ce que l’on compte faire, la décision dit ce qui a été tranché à un instant donné, sur la base d’éléments qui figurent dans la note elle-même.
Le relais et les accords
Un suivi ordinaire mentionne parfois une coordination. Un entretien de crise consigne précisément qui a été contacté, à quelle heure, avec quel accord de la personne et ce qui a été transmis. Le secret professionnel encadre ce qui peut être dit à un tiers : la note doit montrer que la question a été posée, pas seulement que l’appel a eu lieu.
Exemple rempli (cas fictif)
Situation entièrement inventée pour cette page. Aucune donnée réelle n’y figure. L’exemple reste volontairement sobre : il montre la mécanique de la trace, pas une conduite clinique à reproduire.
Exemple fictif, à visée illustrative.
Ce que cet exemple ne contient pas est aussi instructif : aucune phrase du type « pas de risque suicidaire », aucun jugement sur la personne, aucune affirmation sur des faits dont le praticien n’a pas été témoin, et aucun détail de moyen ou de méthode. Il ne contient que des propos, des observations, des actes horodatés et une décision motivée.
La nuance est étroite et décisive. Écrire qu’aucun élément recueilli n’oriente vers un risque suicidaire reste un constat sur l’entretien, daté, et se défend. Écrire qu’il n’y a pas de risque est une conclusion sur la personne, qu’aucun entretien ne permet d’étayer, et ne se défend pas. La première formulation est celle que Pllume emploie quand rien n’a été relevé ; la seconde n’est jamais écrite, pas plus que « non évalué ».
Cinq règles de rédaction qui tiennent devant un lecteur
- Ne jamais écrire « pas de risque suicidaire ». Aucun entretien ne démontre une absence de risque, et l’absence d’élément recueilli n’est pas la preuve d’une absence de danger. Une note qui affirme une absence devient indéfendable si l’événement survient, alors qu’une note qui rapporte ce qui a été abordé et ce que la personne a dit reste exacte quoi qu’il arrive. On écrit les explorations et les propos, jamais la conclusion négative.
- Écrire les mots, pas la reformulation. Le verbatim entre guillemets n’engage que ce qui a été dit. Une reformulation, elle, engage celui qui l’a écrite. Se limiter à ce qui est cliniquement utile, sans transcrire la séance et sans consigner d’information sur un tiers au-delà du nécessaire.
- Horodater les actes, pas seulement la séance. Début, fin, moment où la sécurité a été abordée, appels passés, décision, rédaction. La chronologie est ce qui montre qu’une situation a été suivie.
- Écrire la décision et ce sur quoi elle repose. Une décision sans appuis se lit comme une décision non prise. Les appuis doivent figurer dans la note elle-même, pas dans le souvenir du praticien.
- Rédiger le jour même, et ne jamais réécrire après coup. Une note complétée plus tard se complète par un ajout daté et signé, jamais par une réécriture du texte initial. Une note retouchée silencieusement perd toute valeur de trace, y compris quand la correction est de bonne foi.
Ces principes prolongent le guide de la prise de note du psychologue. Sur le versant réglementaire, le silo RGPD au cabinet détaille conservation, droit d’accès et registre des traitements. Pour la description de l’état clinique, le modèle d’examen de l’état mental fournit un vocabulaire descriptif utilisable dans la rubrique 3.
Pourquoi je publie ce modèle
J’ai conçu Pllume en observant le quotidien d’une professionnelle de la santé mentale très proche de moi. Les séances de crise n’arrivent pas souvent, et c’est précisément le problème : ce sont celles dont la note est écrite le plus tard, dans l’état où l’on se trouve après un entretien pareil, alors que ce sont les seules qui seront peut-être relues par un tiers. Ce qui disparaissait en premier était toujours la même chose : les heures, les mots exacts, et la phrase qui dit sur quoi la décision de fin d’entretien reposait.
Un modèle ne résout que la moitié du problème. C’est pour l’autre moitié, le temps et l’état dans lequel on rédige, que j’ai construit un scribe clinique spécialisé en santé mentale plutôt qu’un outil médical généraliste : il produit une première version structurée dans le format choisi, à partir de la séance et avec le consentement de la personne, hébergée en France chez un hébergeur agréé de données de santé. La relecture, la correction et la validation reviennent toujours au praticien, qui reste seul responsable de sa note.
Questions fréquentes
Que doit contenir une note d’entretien de crise ?+
Six rubriques suffisent : le contexte de l’entretien (programmé ou non, à l’initiative de qui, heure, cadre), l’élément déclencheur tel que la personne le rapporte, son état au moment de l’entretien décrit de façon observable, ce qui a été abordé sur la sécurité et ce que la personne a répondu dans ses mots, les interventions du psychologue avec leurs horaires, et la décision de fin d’entretien avec ce sur quoi elle repose. Ce qui n’est pas écrit n’existera pas dans le dossier.
Faut-il écrire les mots exacts du patient ?+
Autant que possible, oui, entre guillemets. Une reformulation est déjà une interprétation : elle lisse, elle atténue, et elle peut se retourner contre le praticien qui l’a écrite de bonne foi. Le verbatim est ce qu’il y a de plus stable dans le temps, parce qu’il n’engage que ce qui a été dit. Il se limite à ce qui est cliniquement utile, sans transcription intégrale de la séance et sans information sur un tiers au-delà du nécessaire.
Peut-on écrire qu’il n’y a pas de risque suicidaire ?+
Non. Une note ne peut pas affirmer une absence de risque, car aucun entretien ne permet de la démontrer : l’absence d’élément recueilli n’est pas la preuve d’une absence de danger. Si l’événement survient, la formule « pas de risque suicidaire » devient indéfendable, alors qu’un compte rendu de ce qui a été abordé et de ce que la personne a dit ou n’a pas dit reste exact quoi qu’il arrive. On écrit donc les propos et les explorations, jamais la conclusion négative.
Faut-il horodater ce qui a été fait pendant l’entretien ?+
Oui, pour les moments qui comptent : l’heure de début et de fin, l’heure à laquelle la question de la sécurité a été abordée, l’heure des appels passés à un tiers, l’heure de la décision de fin d’entretien. Un entretien de crise se lit dans son déroulé, et c’est la chronologie qui montre qu’une situation a été suivie et non constatée une seule fois. Indiquer aussi l’heure de rédaction de la note.
Comment consigner un appel à un proche ou un relais ?+
En écrivant qui a été contacté, à quelle heure, avec quel accord de la personne, et ce qui a été transmis. L’accord ou le refus se consigne explicitement, y compris lorsqu’il est refusé. Le secret professionnel encadre ce qui peut être dit à un tiers : la note doit montrer que la question de l’accord a été posée et ce qui en a résulté, pas seulement que quelqu’un a été appelé.
Sources et références
Aucune autorité française n’impose un format de note d’entretien de crise en exercice libéral. Les références ci-dessous encadrent la tenue du dossier, la déontologie et la protection des données.
- Haute Autorité de Santé, recommandations de bonne pratique et travaux sur la tenue du dossier du patient. has-sante.fr
- Code de déontologie des psychologues (version 2021). codededeontologiedespsychologues.fr
- Commission nationale consultative de déontologie des psychologues (CNCDP), texte du code de déontologie 2021 et avis. cncdp.fr
- CNIL, données de santé, durées de conservation et droits des personnes. cnil.fr
- Organisation mondiale de la santé, Classification internationale des maladies, onzième révision (CIM-11). icd.who.int
Cette page traite exclusivement de la traçabilité écrite d’un entretien de crise, à destination de professionnels. Elle ne propose ni échelle, ni score, ni seuil, ni conduite à tenir : elle ne remplace ni une formation à l’intervention de crise, ni les protocoles de l’établissement, du réseau ou de la supervision du praticien, ni son jugement clinique, qui reste seul responsable du contenu de ses notes et des décisions prises.
Pllume